52 % des salariés français envisagent une reconversion professionnelle au moins une fois dans leur vie active. Pourtant, la plupart ignorent qu’ils peuvent continuer à se former, sans mettre leur CDI entre parenthèses, ni sacrifier leur rémunération. Loin des idées reçues, la formation en CDI n’est ni un parcours du combattant, ni un coup de poker risqué.
Des règles encadrent les demandes de formation, les démarches à suivre et les options de financement. Plusieurs solutions existent pour renforcer ses compétences ou changer de métier, tout en maintenant la sécurité et la stabilité qu’offre un CDI.
Changer de voie en CDI : pourquoi et quand y penser ?
Au fil d’une vie professionnelle, l’idée de réinventer son parcours s’impose parfois comme une évidence. Qu’on soit au début de sa carrière ou à un cap, la formation en CDI reste une possibilité bien plus accessible qu’on ne le pense. Avec ce type de contrat, tout salarié du secteur privé dispose d’une base solide pour préparer une reconversion, sans rogner sur ses droits ni fragiliser sa situation.
Les déclencheurs sont divers : envie de s’orienter vers un métier différent, besoin de retrouver du sens, projet de création d’entreprise, aspiration à rejoindre un secteur dynamique… Les parcours ne sont plus linéaires et changer d’orientation en CDI s’inscrit aujourd’hui dans la normalité des trajectoires professionnelles. Plus question de s’interdire de bifurquer parce qu’on garde son CDI.
Quelques signaux invitent à envisager sérieusement la transition : fatigue persistante, démotivation, sentiment de ne plus être en phase avec les valeurs incarnées par l’entreprise, impression d’avoir épuisé les missions à son poste. Réaliser un bilan de compétences permet alors d’objectiver les envies, de lister ses forces et d’esquisser un projet crédible.
Pour s’engager dans cette démarche, il est utile de s’interroger sur plusieurs points :
- Déterminer ce qu’on attend réellement de son travail et de sa vie professionnelle
- Mesurer de quelle façon une formation pourrait accélérer ou réorienter sa carrière
- Peser l’intérêt d’une mobilité interne ou d’un changement d’environnement
Un virage en CDI se prépare : prendre conseil, anticiper et s’informer sur les dispositifs existants deviennent de vrais atouts. Aujourd’hui, chacun peut explorer de nouveaux horizons sans avoir à rompre brutalement son contrat.
Quelles formations sont accessibles sans quitter son contrat ?
La palette des formations ouvertes aux salariés en CDI n’a cessé de s’étendre. On peut aujourd’hui renforcer ses compétences ou préparer une reconversion sans devoir quitter son emploi.
Le Projet de transition professionnelle (PTP) se distingue parmi les options : il permet de suivre une formation certifiante tout en conservant son poste, avec la possibilité de toucher une partie ou la totalité de son salaire pendant la période de formation. Une nuance tout de même : l’accord de l’employeur reste requis lorsque la formation a lieu sur le temps de travail.
Le Compte personnel de formation (CPF) libère également beaucoup de possibilités. Grâce à des droits crédités chaque année, il devient possible de financer une formation, que ce soit en dehors des horaires de travail ou, avec l’accord de l’entreprise, pendant ses heures habituelles.
Autre alternative : la Validation des acquis de l’expérience (VAE), qui ouvre l’accès à un diplôme via l’expérience professionnelle. On peut aussi réaliser un bilan de compétences, passerelle pour clarifier ses idées et bâtir un projet solide autour de ses envies réelles.
Parmi les dispositifs pilotés par l’employeur, le Plan de développement des compétences offre un accès à des formations internes ou externes. Le parcours Pro-A permet, lui, de suivre un cursus en alternance sans changer de statut : la rémunération reste garantie, l’expérience s’étoffe. Et avec la montée en puissance de la formation à distance, il devient nettement plus aisé de concilier travail et apprentissage.
Financer sa reconversion : tour d’horizon des solutions pour les salariés
Une reconversion suppose de mobiliser des moyens adaptés afin de financer la formation. Le CPF occupe une place centrale : il permet d’amasser progressivement un capital utilisable à tout moment pour se former à un nouveau métier ou étoffer ses compétences, sans démarches fastidieuses.
Pour les transitions impliquant un congé et la prise en charge du salaire, le Projet de transition professionnelle constitue un relais précieux. Ce dispositif, géré par Transitions Pro, assure un maintien de rémunération selon certains critères (et après accord de l’entreprise si la formation se déroule sur le temps de travail).
D’autres systèmes viennent en appui pour compléter l’effort de financement. Voici un aperçu des principaux leviers à connaître :
- Pro-A, conçu pour l’alternance, finance tout ou partie d’une formation via l’OPCO
- Des aides spécifiques sont ouvertes, par exemple par l’Agefiph pour les salariés en situation de handicap
- Les régions interviennent parfois pour cofinancer une reconversion selon les profils ou les filières
Une autre perspective existe : sous conditions, la démission-reconversion permet de bénéficier de l’allocation chômage, après analyse du projet par une commission. Autre variante, la rupture conventionnelle ouvre droit à une indemnité spécifique et à l’accès aux allocations chômage. Ce sont autant de dispositifs qui facilitent les transitions en douceur et sécurisent l’étape de changement de métier.
Passer à l’action : conseils et étapes pour lancer son projet de formation
Pour faire aboutir son projet de formation en CDI, la rigueur et l’accompagnement personnalisé jouent un rôle déterminant. Le conseiller en évolution professionnelle (CEP) s’impose comme un allié central : ce service gratuit aide à faire le point sur son parcours, identifier les dispositifs pertinents, structurer sa démarche. En discutant avec un CEP, de nombreux salariés prennent conscience de leurs ressources insoupçonnées et mettent en place une feuille de route concrète.
Dès qu’une formation sur le temps de travail se profile, il devient nécessaire d’ouvrir la discussion avec l’employeur. Préparer un dossier détaillé pèse dans la balance : description de la formation, calendrier, schéma de financement (PTP, CPF, Pro-A, formation interne…), exposition des bénéfices pour l’entreprise. Impliquer les ressources humaines ou solliciter le CSE peut parfois faciliter le processus et fluidifier l’organisation du travail.
Quelques grandes étapes permettent de bâtir son projet solidement :
- Vérifier le montant de ses droits sur le CPF et évaluer s’ils couvrent la formation souhaitée
- Réaliser un bilan de compétences pour clarifier ses choix ou conforter une orientation
- Contacter les organismes de formation pour demander un devis précis et obtenir les informations pratiques sur les programmes
- Transmettre le dossier de demande de prise en charge à l’organisme concerné (Transitions Pro, OPCO ou employeur selon le dispositif choisi)
Faire évoluer sa carrière tout en CDI exige de l’anticipation : plusieurs mois peuvent s’écouler entre la décision et le début effectif de la formation, notamment quand un dossier de financement doit être accepté en amont. Ceux qui franchissent le pas, comme Camille Laravoire ou Raphaël Argoud, chacun à sa manière, savent combien la réflexion et l’organisation font la différence. Respecter les délais, s’informer sur ses droits, consulter les bons interlocuteurs : voilà le vrai point de départ.
Bifurquer pendant son CDI, c’est s’autoriser à reprendre la main sur la suite de son parcours, sans céder à la mécanique du sur-place. La stabilité contractuelle peut être un tremplin pour tisser de nouveaux projets, et parfois, redonner un souffle inattendu à sa trajectoire professionnelle.


